interactions
Revue internationale et pluridisciplinaire de recherche sur les dysfonctions et les handicaps

 

PROJET ÉDITORIAL

POURQUOI UNE REVUE INTERNATIONALE DE RECHERCHE SUR LES RAPPORTS ENTRE DYSFONCTIONNEMENTS ET HANDICAPS ?

Une connaissance approfondie des rapports pouvant exister entre les réalités différentes que constituent les altérations corporelles, les dysfonctionnements et les handicaps est un enjeu majeur pour le développement de nos sociétés. Toutefois en dépit d’une littérature abondante sur ce sujet, cette connaissance a peu progressé au cours des 30 dernières années. Cette stagnation peut être mise en rapport avec des facteurs liés à la structuration de la recherche et à l’organisation des secteurs professionnels correspondants.

Les problèmes scientifiques, théoriques et pratiques, posés par l’étude des interactions entre altérations corporelles, dysfonctionnements et handicaps relèvent incontestablement d’une approche transdisciplinaire. Néanmoins, en dépit d’une évolution marquée par des efforts de décloisonnement, la recherche demeure organisée principalement sur une base disciplinaire et les procédures d’évaluation des chercheurs survalorisent la recherche fondamentale au détriment des recherches finalisées.

Il en résulte que, à la différence d’autres pays où existent des unités de recherche spécifiquement consacrées aux « disability studies », la France en compte peu voire aucune. Ce choix des instances scientifiques de notre pays se justifie d’un point de vue épistémologique mais il n’est pas pour autant sans conséquences pratiques sur la structuration du champ de recherche concerné.

Les choses en sont au point qu’il n’existe même pas en français un terme ou une expression acceptable d’un point de vue scientifique, qui soit susceptible de désigner et de délimiter ce champ de recherche.

Il existe néanmoins d’excellentes recherches portant sur les altérations corporelles et leurs conséquences, ou sur les dysfonctionnements et leurs effets sur les conditions de vie des personnes qui en sont affectées. Mais celles-ci sont le plus souvent conduites par des chercheurs dispersés dans des laboratoires relevant d’organismes de recherche différents, de disciplines différentes, utilisant des terminologies différentes.

Ainsi il n’est pas rare de constater que des chercheurs travaillant sur des problèmes connexes ne communiquent pas entre eux voire même ne se connaissent pas. Les chercheurs publient de préférence dans les revues de leur discipline qui, le plus souvent, sont les seules à être reconnues par leurs évaluateurs.

Dans ces conditions, les biologistes publient dans des revues de sciences de la vie, les linguistes et les spécialistes des sciences et techniques de la communication dans des revues de linguistique ou d’informatique, les juristes dans des revues juridiques, les politologues dans des revues de science politique et ainsi de suite.

En fin de compte, ce sont principalement des chercheurs issus de disciplines « composites » comme la psychologie, la sociologie ou des sciences de l’éducation qui, avec le soutien d’organisations professionnelles et administratives, ont investi ce champ.

Il en résulte que les articles publiés dans ce champ émanent rarement de chercheurs des grands organismes de recherche dont les travaux sont soumis à évaluation mais plus souvent de praticiens en quête de reconnaissance ou de militants de diverses causes. Dans bien des cas, les articles publiés ne répondent pas aux critères de rigueur exigibles d’une revue scientifique et leur intérêt pour le développement des connaissances n’est pas toujours évident.

En tout état de cause, il n’existe pas dans notre pays de véritable revue scientifique spécifiquement consacrée aux questions que nous évoquons.

Le secteur professionnel le plus directement concerné est constitué pour l’essentiel d’associations. Il s’agit d’un secteur principalement privé mais non concurrentiel qui remplit une mission de service public, sous le contrôle direct d’administrations de l’État et des collectivités territoriales.

Si nous prenons en considération le fait que les associations les plus importantes dans ce secteur constituent également des groupes de pression relativement puissants, il n’est pas surprenant que, dans un tel contexte, les enjeux politico administratifs et les intérêts catégoriels qui structurent cet ensemble aient pu peser d’un poids déterminant. Sous l’emprise de l’administration et de groupes de pression, la recherche et l’innovation n’y ont longtemps été tolérées que dans des structures ad hoc.

Il reste que, compte tenu du poids économique de ce secteur d’activité et dans un contexte européen de priorité affirmée à la recherche et à l’innovation, le manque d’une véritable revue scientifique, à vocation européenne, consacrée à ces problèmes se fait sentir de façon évidente. La nécessité de disposer d’une publication scientifique de référence, qui constitue un outil de communication indispensable aux chercheurs et professionnels travaillant dans ce domaine est de plus en plus difficile à contester.

Les objectifs de notre projet

La revue INTERACTIONS est conçue avant tout comme un outil de communication ayant pour finalité de permettre une communication efficace entre des chercheurs de disciplines différentes, relevant d’organismes et d’institutions différentes mais dont les travaux ont un rapport direct ou indirect avec les questions qui se situent dans le champ couvert par la revue.

Elle a vocation à devenir un outil de référence en mesure de sélectionner des contributions scientifiques qui présentent une véritable élaboration et contribuent effectivement à l’avancée des connaissances dans ce domaine. Elle entend ainsi participer à la régulation du débat scientifique en lui offrant, autant que faire se peut, un espace distinct de celui du débat idéologique et politique sur les questions liées au « handicap. »

Pour ce faire elle s’attachera à rendre les connaissances accessibles aux chercheurs de disciplines différentes mais également aux professionnels susceptibles de les utiliser ainsi qu’aux usagers des services concernés.

Les moyens envisagés

Pour parvenir à constituer un outil de référence et un moyen de communication privilégié entre chercheurs de disciplines différentes, il importe que la revue INTERACTIONS présente un profil identitaire non ambigu et qu’elle obtienne rapidement la reconnaissance d’une communauté scientifique internationale.

La revue INTERACTIONS se définit comme une revue thématique, résolument pluridisciplinaire et indépendante, autrement dit, une revue ouverte sans restriction aux différentes disciplines et méthodologies scientifiques. Cette ouverture implique, comme contrepartie, une délimitation précise de son champ et une définition précise des critères de sélection des articles qui y seront publiés.

La revue INTERACTIONS publie des contributions qui traitent principalement des rapports entre altérations corporelles, dysfonctionnements et handicaps ainsi que de leurs incidences sur le plan subjectif et sur le plan social.

Une reconnaissance par la communauté scientifique ne peut être obtenue qu’au prix d’une sélection rigoureuse des articles publiés sur la base de critères de qualité et d’intérêt scientifique. Il convient à ce sujet de noter qu’une telle sélection n’est possible que si des articles de qualité sont régulièrement proposés à la revue et si les contributeurs sont principalement des chercheurs confirmés ou des doctorants travaillant sous la direction effective de chercheurs confirmés.

Les articles retenus, au terme d’une double expertise, répondront à des critères de sélection clairement explicités parmi lesquels se situent au premier plan : l’intérêt et la qualité scientifique de la contribution ainsi que la qualité de la rédaction. Parmi les articles répondant à ces critères seront retenus ceux qui présentent une véritable élaboration et apportent une contribution significative à l’avancée des connaissances dans le domaine concerné.

En d’autres termes, la revue INTERACTIONS n’est pas destinée à la transmission d’informations sectorielles. Les informations administratives, juridiques ou sur l’évolution de la tarification trouveront naturellement place sur d’autres supports.

Elle n’a pas non plus vocation à accueillir les articles d’opinion dont l’objet principal est de contribuer au débat idéologique et politique sur les questions de « handicap ». Alors même qu’il ne saurait être question de nier l’intérêt et la nécessité d’un tel débat, il reste que, dans le domaine concerné, le débat d’opinion a souvent supplanté, éludé, éclipsé, le débat scientifique. C’est la raison pour laquelle il est permis de penser que la discussion scientifique serait grandement favorisée si un espace balisé, distinct de celui du débat idéologique pouvait lui être réservé.  En tout état de cause, la publication d’articles d’opinion, de prises de positions politiques ou de défense d’intérêts catégoriels relève d’un mode de régulation différent et devrait être traitée distinctement sur un support différent.

Il peut être utile de rappeler à cette occasion que les travaux scientifiques, y compris dans les domaines économique, juridique et politique, ont pour objet de décrire et d’expliquer le fonctionnement de ce qui est.  Ils ne peuvent avoir pour objet de juger, de dire ce qui doit ou ce qui devrait être. Ils n’ont pas pour objet d’édicter de nouvelles normes, de promouvoir ou de défendre des intérêts catégoriels. Un positionnement clair de la revue sur ce point nous semble de nature à conforter son indépendance.

Il est clair en effet que, dans le domaine qui est le sien, la revue ne peut bénéficier d’une reconnaissance scientifique et constituer un outil de référence que si elle parvient à garantir et à afficher une réelle indépendance, tant vis-à-vis des administrations concernées que des associations gestionnaires d’établissements et des organisations professionnelles, syndicales ou corporatives.

Pour ce faire, le comité de rédaction et le comité de lecture seront composés principalement de personnalités indépendantes, aux compétences scientifiques reconnues et actives dans le champ de la recherche.

Une collaboration sera recherchée avec des organismes scientifiques et techniques susceptibles de faire bénéficier les instances éditoriales de leurs compétences dans le domaine qui est le leur. (CNAM, CNRS, INSERM, Universités, laboratoires de recherche)
Les moyens financiers nécessaires au fonctionnement de la revue seront aussi réduits et diversifiés que possible, afin d’éviter, autant que faire se peut, que le fonctionnement de la revue ne devienne tributaire de ses sources de financement.

Rendre les travaux scientifiques accessibles tant aux chercheurs de disciplines différentes qu’aux professionnels susceptibles de les utiliser suppose également des dispositions particulières.

Il est notoire en effet que l’une des difficultés inhérentes au travaux pluridisciplinaires réside dans le fait que les chercheurs de disciplines différentes éprouvent des difficultés à communiquer entre eux du fait de l’utilisation de systèmes conceptuels différents et parfois aussi d’un abus de jargons disciplinaires dont l’expérience montre que l’utilisation n’est pas forcément indispensable.

La publication dans la revue INTERACTIONS demandera donc aux auteurs un effort de rédaction particulier de façon à pouvoir être accessibles aux chercheurs relevant d’une autre discipline que la leur, à des professionnels ainsi qu’à des usagers des services.

Le rédacteur en chef
Christian ROSSIGNOL

Mentions légales  |  Contactez-nous  |  Accessibilité  |  Liens Site édité par le CTNERHI